ÉPISODE 6

PLAISIR ET SANTÉ

TOUS LES ÉPISODES

La santé sexuelle, juste une nouvelle mode ?

Notre sexualité participe à la construction d’une part de notre être ayant le pouvoir de nous offrir une source de bien-être physique et psychique à ne pas banaliser. L’accès au plaisir sexuel ne doit plus être un tabou, même quand il s’agit de l’associer à la maladie. Bien au contraire, c’est un droit que chacune et chacun devrait pouvoir revendiquer et ce, quelle que soit son histoire, son genre ou ses préférences.

Le concept de santé sexuelle, prônant l’idée selon laquelle la sexualité ne se réduit pas seulement à la reproduction mais participe aussi à une meilleure santé et au bien-être global d’un individu, progresse dans notre société au-delà des performances sous la couette.

Définir la santé sexuelle. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) : « La santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en matière de sexualité, ce n’est pas seulement l’absence de maladie, de dysfonctionnement ou d’infirmité. La santé sexuelle exige une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d’avoir des expériences sexuelles agréables et sécuritaires, sans coercition, ni discrimination, ni violence. Pour atteindre et maintenir une bonne santé sexuelle, les Droits Humains et Droits sexuels de toutes les personnes doivent être respectés, protégés et réalisés* ».

Prendre soin de sa santé sexuelle. Les questions liées à la santé sexuelle sont donc très variées et englobent à la fois l’orientation sexuelle et l’identité de genre, l’expression sexuelle, les relations et la notion de plaisir. Elle prend aussi en compte des éléments néfastes ou pathologiques telles que :

  • les infections par le VIH, les IST et les infections de l’appareil reproducteur et leurs effets indésirables (comme le cancer et l’infertilité) ;
  • les grossesses non désirées et l’avortement ;
  • les dysfonctionnements sexuels ;
  • la violence sexuelle ;
  • les pratiques néfastes (telles que les mutilations génitales féminines).

Ainsi, prendre soin de sa santé sexuelle, c’est prendre en considération la notion de consentement et de respect mutuel. C’est se faire dépister régulièrement et bien se protéger pendant les rapports sexuels. C’est exprimer sans honte ses besoins et ses envies et écouter sans jugement ni discrimination ceux des autres. C’est faire en sorte que tout le monde puisse évoquer librement son droit au plaisir.

Est-ce qu’une maladie peut empêcher d’avoir du plaisir ?

La plupart du temps, la maladie chronique n’altère pas les fonctions sexuelles. Mais la douleur, l’état émotionnel ou le découragement qui encadrent parfois la pathologie peuvent être à l’origine d’une perte de désir et de satisfaction sexuelle. Communiquer avec son ou sa partenaire de ce que l’on ressent est important pour éviter d’amplifier des frustrations. La tendresse au sein du couple en dehors des relations sexuelles est aussi une composante essentielle à revaloriser - par rapport à la pénétration anale ou vaginale encore trop souvent mise sur un piédestal - pour renouer avec une sexualité épanouie. La sexualité ne doit pas rimer avec performance mais avec découverte de soi, de l’autre et épanouissement mutuel.

Vivre avec une maladie chronique, un cancer ou des douleurs pendant l’acte (la dyspareunie) peut éloigner le sexe par peur d’avoir mal ou en pensant à tord “ce n’est pas pour moi”. Cela est en partie dû au fait que parler de sexe quand on est malade reste tabou dans une société qui a pris l’habitude de représenter le même type de personnes (valides et en bonne santé) lorsqu’il s’agit de sexualité. Alors que si vous n’avez aucune contre-indication médicale, vous aussi, vous avez le droit au plaisir ! D’autant plus qu’une sexualité épanouie qui passe aussi bien par des caresses, de la tendresse, des massages en solo ou avec un.e partenaire , peut vous aider à vous sentir mieux, à vous connecter avec l’autre et à vous réapproprier votre corps. Continuer une vie sexuelle, intime et affective peut ainsi vous soutenir dans le vécu de votre maladie et même améliorer la qualité des soins du cancer par exemple **.

Le droit à ne pas avoir envie. Mais si le plaisir devrait toujours rester un droit, il ne peut devenir une obligation ! Lorsqu’au quotidien, votre priorité est ailleurs, que vous mettez toute votre énergie dans la lutte, rien ni personne ne devrait rajouter le poids de la culpabilité avec une injonction au sexe. C’est à chacune et chacun de décider, de choisir où, quand et comment. D’être libre de pouvoir se passer de sexe un moment ou de vouloir tester de nouvelles choses pour s’offrir un peu de tendresse en solo ou avec l’autre. Il n’y a pas de bonnes réponses.

Est-ce que le sexe fait mal après avoir eu un enfant ?

Lorsque son corps a connu les transformations de la grossesse - ou certaines pathologies qui peuvent rendre le sexe inconfortable voire douloureux, notamment en cas de vaginisme ou d’endométriose - envisager un rapport peut faire peur voire angoisser encore plus une personne qui est en souffrance avec son corps. L’écoute, la patience et la bienveillance sont nécessaires pour ne pas bousculer une personne qui redoute d’avoir mal. C’est normal d’avoir peur de la douleur, non ? Ces douleurs sont bien réelles et peuvent même être très intenses.

Éviter la sexualité par peur d’avoir mal. Les douleurs sont différentes pour chacun.e. Elles peuvent avoir lieu pendant l’acte, à cause de pénétrations profondes ou de contractions orgasmiques. Parmi les facteurs aggravants : les infections gynécologiques, des inflammations chroniques, certaines opérations, la sécheresse vaginale*** et également la peur d’avoir mal. Certaines personnes à vulve appréhendent tellement leur sexualité qu’elle est vécue sur le mode de l’évitement****. S’il n’existe pas de recette “magique”, en revanche, il est possible d’explorer des pistes qui vont permettre de composer avec cette pathologie et de dire oui au plaisir. Comme écouter son corps et apprendre à se connaître en se masturbant. Prendre plus de temps pour se masser mutuellement et redécouvrir la perception que l’on a de son corps. Tester des positions où la pénétration est moins profonde (la cuillère par exemple, où le partenaire est derrière vous, allongé sur le côté.)

Le sexe, ce n’est pas qu’une affaire de pénétration. Afin d’atténuer la douleur, certains lubrifiants sont particulièrement conseillés pour rendre l’acte plus doux en prenant soin d’une zone déjà fortement sensibilisée. C’est aussi l’occasion d’explorer d’autres manières de se faire plaisir. Quand la pénétration est douloureuse voire impossible, surtout ne vous forcez pas ! Le sexe doit rester quelque chose d’agréable qui vous fait vous sentir bien. Le sexe oral, les caresses, les fanstasmes sussurés à l’oreille peuvent être tout ce qu’il y a de plus satisfaisant ! Testez, jouez, aventurez-vous.

Est-il possible de parler de plaisir sexuel avec son médecin ?

Avec ou sans maladie, la sexualité nous confronte à notre propre vulnérabilité et nous place souvent hors de notre zone de confort. Aller à la rencontre de l’autre, apprendre à se comprendre mutuellement en termes de besoins et de limites devient d’autant plus difficile lorsque la maladie est là.

La sexualité est un concept en constante évolution qui va bien plus loin que la simple rencontre des corps. Elle existe sous forme de pensées, de fantasmes et de désirs qui s’expriment à travers le plaisir des sens, donné, reçu ou procuré par soi-même. Vécue et consolidée par nos valeurs personnelles, nos attitudes ainsi que nos comportements, l'intimité sexuelle nous permet de partager un lien affectif privilégié avec les autres.

S’assurer de prendre soin de sa santé sexuelle et d’entamer la discussion avec son/sa gynécologue, urologue ou andrologue peut s'avérer utile pour trouver des solutions qui permettent d’apaiser les douleurs, les freins et les doutes. Si les questions liées aux troubles de l'érection sont aujourd’hui bien prises en charge par les médecins, la ménopause et les cancers féminins qui peuvent avoir des répercussions sur le plaisir sexuel restent encore occultées. Des solutions existent pour retrouver un certain confort sexuel. Parlez-en avec votre médecin pour être au mieux conseillé.es et contribuer à lever le tabou. N’hésitez pas à l’amener à intégrer dans son examen la question du confort sexuel. À consulter si nécessaire d’autres praticiens pour renouer avec le sentiment d’être réellement écouté.e et considéré.e.

Vous avez le droit de revendiquer la reconnaissance de votre épanouissement sexuel !

SOURCES :

*https://solidarites-sante.gouv.fr/prevention-en-sante/preserver-sa-sante/sante-sexuelle-et-reproductive/article/sante-sexuelle

**https://www.cancer-supporters.fr/-/media/project/sup_fr/brochures/sexualite-u-cancer.ashx?la=fr&hash=DC1294907391475CD5EDB1AC37AC605A88A74B5C

***https://www.doctissimo.fr/html/dossiers/menopause/niv2/menopause-secheresse-vaginale.htm

**** https://www.passeportsante.net/fr/Maux/Symptomes/Fiche.aspx?doc=dyspareunie-symptome#:~:text=On%20parle%20de%20dyspareunie%20en,douleurs%20per%C3%A7ues%20par%20les%20femmes